dimanche 10 avril 2016

L’homme au chapeau…


La semaine passée, nous avons eu deux fois la visite d’un huissier de justice. Toujours la même personne (l‘homme au chapeau, c’est lui !), un habitué des lieux désormais !

La première fois, le mardi 29 mars vers 11h00, à l’heure du café : « y a quelqu’un ? ». Nous sommes en train d’ébouser dans la stabulation : «  oui !  » Répondons nous avec enthousiasme. Et puis : « Oh non, c’est lui ! ». Nous posons la fourche et la bouse qui est dedans pour prendre un « commandement de quitter les lieux » dès ce jour, notre délai sur la maison étant dépassé.



Le lendemain, l’huissier sous la pluie. La caméra de FR3 l’a pris à sa descente de voiture, mais ne l’a pas suivi. Il nous demande de se mettre à l’abri sous le hangar. Hésitations, puis « OK ! ».  Et puis, on voit son vigile qui vient surveiller la situation. Marcel s’énerve… Alors là, non ! Si on est gentil, il renvoie son flic privé à la voiture ! L’huissier repart sous la pluie, demander à son vigile d’aller sagement l’attendre dans la voiture puis revient nous voir…


Pour nous remettre  un procès-verbal de tentative d’expulsion. Cela ressemble plus à une visite de courtoisie qu’à une tentative d’expulsion. « Vous êtes toujours là ? » ; « oui, il nous est difficile de déménager une ferme en 2 mois… » ; « Je peux m’appuyer sur la brouette pour remplir mes papiers ? Je vous explique…Comme vous refusez de vider les lieux, je m’en vais devant le Préfet afin de requérir la Force Publique en vue de procéder à une expulsion par la force ».


Je ne sais si vous avez déjà lu des romans de Jonas Jonasson, histoires burlesques et complètement déjantées où les héros se retrouvent dans des situations invraisemblables mais tellement divertissantes. Nous avons l’impression d’être dans l’une de ses histoires absurdes, mais une histoire qui n’en est pas moins réelle, comme en témoigne la pile de documents juridiques qui commencent à s’amonceler chez nous.

Une histoire qui garde encore tout son suspens comme tout bon roman qui se respecte mais c’est désormais à chacun d’en écrire la fin ! (sur invitation du Président de la République…)


dimanche 3 avril 2016

avec les grévistes de la faim de Calais


Nous entrons, 5 ou 6 grévistes sont là sur des divans et des chaises. Les lèvres cousues ne sont pas choquantes, cela me fait penser à des piercings. Nous n’entrons qu’à 5 mais il y a peu de place. Quatre Anglais sont là et discutent tranquillement. On se demande si on dérange, si on doit s’insérer dans la conversation ou parler de la pluie et du beau temps. Est-ce juste de l’incompréhension ? Ou avons-nous commis une maladresse ? Marie et S commencent à parler en anglais et le dialogue se met en place peu à peu.  La double barrière du langage rend le dialogue difficile et long : du français à l’anglais puis de l’anglais au farsi et réciproquement.
 

Nous exprimons notre soutien sur le mode d’action, les valeurs qu’ils défendent et nous disons les liens que nous voyons entre nos combats.

 Nous expliquons notre organisation avec grévistes et groupe d’accompagnement, notre calendrier d’action pensé avant et calé sur les élections présidentielles, le relai entre grévistes et les exigences revues à la baisse (pas d’aéroport devenu pas d’expulsions).

 Ils disent qu’ils n’ont pas confiance dans leur interlocuteur de la préfecture (directeur de la cohésion sociale) : il peut dire oui, mais ne tient pas ses promesses. Lors d’un mouvement de grève de la faim, il y a trois ans ce fut déjà le cas.

Nous, nous avons obtenu des engagements écrits, ils étaient diffusés dans la presse et il était difficile de ne pas les tenir.
Ce n’est qu’au bout de 20 jours que notre grève a commencé à être entendue et à inquiéter les décideurs.

 

Leurs exigences sont de deux ordres : pas de destruction de la partie nord de la jungle et qu’il y soit apporté plus de confort et d’autre part la mise en place d’un bureau britannique pour enregistrer les demandes des migrants.

Ils n’inquiètent personne et se demandent s’il faut aller plus loin, cesser de boire, se coudre les paupières pour être enfin entendus.

Cela nous fait peur : une grève de la soif est rapidement mortelle.
 Des lésions supplémentaires risquent de mettre de la distance avec les soutiens possibles, de rendre la communication plus difficile sans inquiéter les décideurs, bien au contraire. Nous gardons ces commentaires pour nous et la suite nous donne raison.

 

Ils ont peur lors de l’arrêt de leur grève, d’être à la merci de la police qui les aura repérés. 

C’est vrai ! cela met mal à l’aise. Quoi que l’on fasse, nous sommes toujours blancs avec papiers. Le contraste est fort.

la police fait toujours partie du paysage
 

Un Anglais qui vient d’entrer nous demande si nous avions des moments dépressifs. Eh bien , non, portés par les militants, détestés par les porteurs du projet que nous gênions vraiment. C’était très confortable sur le plan moral. 

Ils nous remercient pour le déplacement et le temps consacré. 

Nous nous quittons après des embrassades fraternelles. . Je ne sais pas combien de temps nous sommes restés, mais heureusement plus que 20 mn.
 

A la conférence de presse, peu de journalistes, désolant.

conférence de presse.... noter le bulldozer à l'horizon
 

Nous faisons une mise en commun avec S, M et leurs amis : - conditions très dures sur le plan moral –cadre très déprimant, peu de relai   - peu de soutien alors qu’ils se battent pour la communauté des migrants  - et surtout le rapport de force n’y est pas. 

Nous cherchons ensemble comment améliorer ce rapport de force.

 l'équipe ayant fait le voyage
 

De retour, deux jours plus tard, nous apprenons qu’ils ont cessé leur action. Leur communiqué laisse perplexe : « nous avons décidé d’arrêter notre grève de la faim…par respect pour ceux qui nous soutenaient, qui avaient un réel souci de notre bien-être et comme un geste de confiance que l’Etat tienne ses engagements…. » 

C’est une bonne décision pour leur santé et pour continuer à  lutter pour les droits des migrants. 

Nous espérons vraiment qu’ils en gardent une haute estime d’eux-mêmes. Ils sont des êtres humains, restés debout dans des conditions très dures et qui se sont battus pour leurs frères.

Merci aux copains et copines pour leur relecture

De Marcel, paysan à Notre dame

samedi 2 avril 2016

de Notre Dame à Calais


S m’appelle et me demande si je pourrais venir soutenir les grévistes de la faim de Calais. Cela me semble une bonne idée. Ce n’est pas à gérer seul ; il faut garder l’esprit d’équipe que nous avions en avril 2012. On dit moins de conneries à plusieurs, et puis l’idée des bouches cousues me fait un peu peur. Un mot de soutien est écrit suite à l’AG du mardi : attention à ne pas parler au nom d’organisations qui ne sont pas là et donc on signe AG et grévistes de la faim, c’est facile de faire valider rapidement. Il s’agit d’un texte qui soutient des hommes très engagés, mais en restant humbles dans un contexte que nous, grévistes de 2012 connaissons mal.

 

On arrive à caler un départ pour le mercredi 23 mars : quatre du groupe des grévistes et quatre militants. On veut faire le tour dans la journée, car il fait beau et il y a du boulot à la ferme.

 

A l’arrivée : accueil par M, S et K, nous rentrons dans la jungle : un bidonville fait de cabanes bricolées avec des bâches, c’est coloré et propre. Nous mangeons dans un restaurant afghan ; en fait, tout le commerce est géré par les Afghans.


rue commerçante
 

M nous explique qu’il y a beaucoup d’aide matérielle plutôt caritative. Les gens ne manquent pas de vêtements ni de nourriture, mais n’ont rien, leurs affaires peuvent tenir dans un sac de courses.

la jungle et sa partie normalisée: 16 personnes par contenaire avec un système de reconnaissance anthropomorphique
 

Les grévistes de la faim sont soutenus par des Anglais à titre amical, mais ayant en premier le souci de leur santé et les incitant à arrêter.

 

Nous avons fait un point avant d’arriver. Il est clair que notre position ne peut être que de témoigner. Nous allons parler à des adultes, à eux de prendre leur décision.

 

Nous nous dirigeons vers la cabane des grévistes. Le spectacle et déprimant. Dans cette zone évacuée et détruite, il ne reste que la mosquée, l’église, l’école, la cabane de lecture et celle des grévistes.
les lieux de culte église et mosquée ont été  préservés
 


la cabane des grévistes de la faim
 

Deux bulldozers en arrière-plan aplanissent le terrain de ce qui fut un lieu de vie. Des CRS patrouillent nonchalamment. Ils ont des sur-bottes en plastique ; faut pas se salir.

 

Avant d’entrer, quelqu’un nous dit : « il vous reste 20 mn, au-delà la préfecture vient négocier »…
de Marcel paysan à Notre Dame

lundi 28 mars 2016

Un nouveau jour?


 
 
Samedi 26 mars, une date qui ,aux yeux de l’Etat, marque un changement dans notre condition d’habitants et d’agriculteurs sur la ZAD de Notre Dame des Landes : nous sommes désormais expulsables par tous les bouts : côté ferme (effectif au 25 janvier) et côté maison. Notre présence est désormais illégale, hors la loi… Des qualificatifs qui nous paraissent irréalistes car nous n’avons pas changé.


Nous faisons seulement le choix de rester dans notre maison et de travailler sur notre ferme, avançant notre détermination tranquille et notre légitimité face aux manipulations et mensonges d’Etat sur  ce projet de transfert d’aéroport!
Les journalistes sont venus la veille nous interviewer sur ce lendemain qui n’est pas vraiment un événement pour nous. Nous n’imaginons pas les CRS intervenir tout de suite avant une consultation populaire, qui parait mal partie dans son organisation… Les recours juridiques (loi sur l’eau, déplacement d’espèces protégées, pétition européenne…) sont toujours en cours.

nos grandes génisses ont été particulièrement accueillantes!
Pour cette date particulière (nous n’avons pas l’habitude d’être illégaux ; ce n’était pas au programme de notre éducation !), COPAIN nous a suggéré de faire visiter notre ferme et nous avons trouvé que c’était une excellente façon de gérer notre nouveau statut. Nous avons donc ouvert notre ferme et accueillis tous ceux qui voulaient venir discuter et nous soutenir. Tout le village s’est associé à l’opération.  Cela nous a permis de parler de notre parcours, de notre métier d’éleveur, de montrer nos animaux (tous ont été accueillis à grands coups de langue de la part de nos génisses curieuses !), de faire découvrir le bocage et la flore grâce à deux passionnés et de partager un moment de convivialité à l’auberge du liminbout où nos jeunes voisins parlaient de l’auberge et de la vie au village et sur zone.
un groupe perdu dans le bocage...
 
Merci à tous d’être venus nous saluer et nous soutenir. Le village était content de cette journée!

Le soutien s’est également manifesté dans toute la France où une multitude d’opérations empreintes d’originalité étaient engagées. MERCI A TOUS !
 
château des ducs de Nantes, devant le miroir d'eau, nouvelle attraction....

de Marcel et Sylvie, paysans à Notre Dame des Landes

jeudi 10 mars 2016

Prise de parole de l'ADECA le 27/02/2016

Depuis 40 ans la population dit non à ce projet d’aéroport et aujourd’hui c’est toujours non !
Mais aujourd’hui, nous sommes très très nombreux.
Ce ne sont plus seulement les paysans qui disent non, mais aussi toute la population : des jeunes, des moins jeunes... Tout le monde se sent concerné par ce débat.
Les raisons  sont en partie les mêmes : la défense des terres agricoles, la défense d’emplois locaux, le refus que de grands élus décident pour nous, le refus que l’aménagement du territoire se fasse au profit des grandes villes et au détriment des territoires ruraux.
Depuis, d’autres motivations se sont ajoutées : l’horreur pour les dossiers compliqués bourrés de chiffres, non consultables et surtout bidouillés pour aboutir au résultat que l’on veut ; c’est le cas de l’étude coût bénéfice.
Bien sûr, le respect de l’environnement, de notre terre, de celle de nos petits enfants est une dimension qui a pris de l’ampleur aussi.
C’est pourquoi, François Hollande l’a reconnu : « on ne peut pas circuler sans entendre parler de Notre Dame des landes ». C’est le fruit de toutes vos mobilisations, partout en France et sous différentes formes. Notre Dame des landes est un débat incontournable et sur lequel on ne lâchera pas.
Attention, les choses s’inversent, bientôt on dira : «  vous savez Nantes, cette ville à 20 km de Notre Dame des landes, cette ville qui détruit tout l’environnement dans son voisinage pour être toujours plus verte »
Pour cette ville-entreprise qui investit des millions dans la communication sur son image, ce serait trop la honte !
En tout cas, il y en a qui ne changent pas ! Ce sont les hommes politiques ! Toujours droits dans leurs bottes, à répéter les mêmes mensonges. C’est normal, ils mettent à la poubelle les notes techniques de leurs services censées les faire réfléchir.
Nous, nous sommes les braves gens, qui sans peur du ridicule avons sans cesse fait appel au bon sens : quand on n’est pas riche et que l’on a un outil qui marche bien ( et les compagnies aériennes qui ont primé Nantes Atlantique meilleur aéroport régional savent qu’il marche bien !) ; et bien quand un outil fonctionne bien, on ne le casse pas pour en faire un neuf dont on n’est jamais certain qu’il marche aussi bien et dont on est sûr qu’il coûtera beaucoup plus cher.
Cette évidence, les porteurs du projet ne l’ont jamais partagée. Ah oui, il y a un détail, nous raisonnons avec notre argent et eux raisonnent avec l’argent des autres, l’argent public, le vôtre, celui des services sociaux que l’on réduit parce qu’il faut faire des économies.
Voilà pourquoi nous sommes dans cette bagarre.
Qui sommes-nous , les historiques expulsables?
Des habitants, locataires bien avant 2008 ; par exemple Alphonse qui vit ici depuis plus de 80 ans. Beaucoup y ont vécu toute leur vie d’adulte.
Tous nous étions ici pendant l’opération César, avec une foule de combattants harassés voire blessés, avec les flics à proximité. Tous nous avons vécu l’occupation policière qui a suivi. Nous avons mis à disposition de la lutte la vacherie, la rolandière, les fosses noires. Avec l’aide des terres de Bellevue, nous avons réorganisé l’usage du foncier pour gérer les dégâts de l’opération César et s’organiser avec les activités agricoles de sème ta Zad.
Les paysans ont acheté soit du foncier en bordure de zone, soit une maison dans la zone pour limiter l’emprise de Vinci.
Les paysans ont participé d’une façon ou d’une autre à la grève de la faim.
Hervé était le premier occupant illégal en s’installant en 78 sur les terres de ses parents.
Nous ne gênons pas physiquement Vinci pour l’année 2016, quels que soient ses projets.
Mais nous sommes des opposants à abattre, nous n’avons pas encaissé les chèques des expropriations et nous n’avons jamais signé de bail annuel avec Vinci pour vivre dans nos maisons ou utiliser nos parcelles historiques. Selon la bible de Vinci, notre activité agricole est illégale et donc nous devons partir.
La plupart des historiques vivent avec ce projet au-dessus de leur tête depuis l’enfance, c’est une partie de leur vie.
Ce paysage, ces terres, cette biodiversité, c’est en partie le fruit de leur travail, de leur mode de vie en recherchant un équilibre entre production et respect de la terre et du bocage.
On peut sans doute faire mieux et on le fera. Mais l’urgence aujourd’hui, c’est de sauver ces terres.
On croit être seul  en voulant sauver ces terres de Notre dame, mais en fait, on s’aperçoit que c’est le même problème ailleurs. Quand on a reçu Via Campesima, avec des délégations de plein de pays différents, on a découvert qu’il y avait la même histoire en Indonésie, au japon. En un siècle, on a imperméabilisé 25% des terres agricoles en France, et on a le même phénomène au niveau mondial. Vous connaissez tous ces terres que l’on arrache aux paysans à Madagascar, que l’on privatise en Amérique latine, en Ukraine etc.
C’est bien un combat universel que nous menons, celui de la sauvegarde de la terre nourricière.
Dans un pays comme le nôtre, réduire les terres agricoles, c’est condamner les paysans à utiliser plus d’intrants avec des cultures plus productives et plus exigeantes et donc plus fragiles. Ailleurs, cela se traduira par plus de défrichage de forêts. A tout point de vue, c’est le contraire de ce qu’il faut faire. C’est en particulier très contradictoire avec les engagements de la COP 21.
C’est pour cela qu’il faut gagner cette lutte.

 Nous pouvons être fiers, tous ensemble, de ce que nous avons fait tous ensemble. Résister pendant si longtemps, nous avons montré que c’est possible. Cet aéroport qui devait être inauguré en 2017 et les travaux n’ont toujours pas commencé. Hou la la, on comprend qu’ils soient furieux en face.
Non, messieurs, nous ne vous élisons pas pour que vous décidiez pour nous. Non, messieurs, nous ne laisserons pas les lobbies du BTP et de l’immobilier nous gouverner.
Non, messieurs, nous ne vous laisserons pas détruire notre bocage avant le verdict de tous les recours.
Assurément, la force de notre lutte est la diversité des acteurs :
L’opposition des pilotes de ligne et leur expertise aéronautique
L’implication des élus et aussi leur expertise des dossiers
L’expertise des naturalistes en lutte
L’expertise des ateliers citoyens
Les mobilisations et le travail d’information
L’action juridique
L’engagement sur le terrain des paysans de Copain
La résistance sur le terrain par les occupants
La non collaboration têtue des historiques
Dans un monde normal, deux parmi ces résistances auraient dû suffire à couler le projet, en fait, toutes ces forces ensemble n’ont réussi qu’à le bloquer. Mais c’est déjà cela. Il nous reste à construire  notre avenir et le chemin qui mène à la victoire. Depuis 2012, nous avons su gérer chaque difficulté et nous allons continuer à le faire.
Vous l’avez vécu comme nous l’hiver a été chaud. En plus, ici, il a été rude.
Cela a commencé dès l’été quand les juges ont dit qu’ils n’avaient pas compétence pour se prononcer sur le respect de l’environnement par ce projet.
Le lobby du patronat, soutenu par le premier ministre y est allé à fond : « il faut démarrer les travaux, l’avenir de la région en dépend, la région est prise en otage, la zad c’est l’ultra violence, c’est Mossoul, c’est la république qui est en danger »
Ont succédé ensuite, les expropriations des derniers dossiers d’historiques, puis les procès pour expulsion, qui se sont conclus par des décisions d’expulsion.
Vinci nous avait bien prévenu qu’en ne signant pas amiable, nous passerions devant le juge. C’est fait et plusieurs fois, nous connaissons très bien le chemin maintenant.
 Au 26 mars, nous serons tous comme les autres occupants de la Zad, expulsables de nos maisons. Depuis la fin janvier, l’utilisation de nos terres et la présence de nos troupeaux sont illégales. Nous ne sommes pas certains du tout de toucher les aides Pac pour 2016. C’est dommage, car avec le prix du lait que nous aurons ce serait assez dur de joindre les deux bouts sans les aides Pac. Ce sera une affaire à suivre.
Merci à tous pour le soutien et les mobilisations que nous avons menées pour éviter ces jugements. Ce fut beaucoup d’énergie et nous pouvons être très fiers de tout ce qui s’est fait. Le courage, c’est aussi de résister aux provocations des flics quand nous l’avons décidé ensemble. Solidarité totale avec tous les amis paysans et chauffeurs escargots qui ont été arrêtés et pénalisés lourdement.
Ici, quand on se mobilise pour Notre dame, on paie toujours très cher.
Enfin, on voudrait conclure par un mot sur la vie sur la zad.
Nous y vivons tous les jours, nous y dormons toutes les nuits, nous pouvons en parler en vrai.
Nous sommes heureux d’avoir des voisins et qu’ils aient occupé la place des maisons détruites en 2012 par césar. Nous sommes heureux qu’ils aient remis de la vie là ou césar nous organisait un désert humain.
Il peut arriver qu’il y ait des embrouilles, mais nous retenons surtout la solidarité et l’énergie mise pour les résoudre. Qui peut réunir pendant des années 2 à 300 personnes sans qu’il y ait d’embrouilles.
Nous sommes riches de la convivialité, des échanges dans un sens et dans l’autre et de la solidarité avec les occupants.
Trouvez nous un autre endroit ou vous pourrez sans argent partager du pain des légumes, de la vie culturelle et bien d’autres choses encore.
Alors, nous considérons que c’est plutôt une chance de côtoyer ces tentatives pour construire un monde diffèrent.

Gardons aussi les terres de Notre dame pour que tous ces rêves en construction continuent à prendre forme.

dimanche 28 février 2016

Tous ensemble!

C’est tous ensemble que nous avons assurés l’incontestable succès de cette ième manifestation populaire : au moins 50 000 personnes !


Une démonstration impressionnante de la détermination de tous à arrêter le projet d’aéroport à Notre dame des landes… Des heures de car pour venir des quatre coins de France et se retrouver dans un défilé coloré, festif, animé, joyeux, exubérant, vivant… 


Nous sommes sûrement tous un peu fous mais cela le mérite : arrêter le gaspillage des terres agricoles, sauver le bocage et les espèces protégées, dénoncer les mensonges, les manières , les décisions des politiques, inciter à plus de sobriété dans l’aménagement,  se battre pour les alternatives qui se construisent ici, donner de l’espoir à notre jeunesse… Merci à tous d’avoir répondu PRESENT !

J’entendais à la radio qui voulait illustrer la réussite de cette manifestation « Cela plane pour les organisateurs de la manifestation contre l’aéroport de Notre Dame des Landes ». Mais non, non,  cela ne plane pas ; nous avons bien les pieds sur terre, nous sommes réalistes sur les hypothétiques bienfaits de ce projet  et continuons plus que jamais à exiger une étude indépendante plutôt qu’un « referendum ».  Ce projet doit être abandonné !

Un parcours piétonnier de 5 km qui donnait l’occasion de discuter, une bigarrée épopée cycliste de 15 km escortée de tracteurs et enfin clou de la manifestation la pose d’une vigie colorée à l’extrémité de la zone, là où devraient commencer les travaux. Elle s’inscrit désormais fièrement dans le paysage et témoigne de notre détermination à préserver ce territoire d’avenir.



Nous ne savons pas ce qui nous attend demain mais nous sommes rassurés de nous savoir si nombreux !

lundi 15 février 2016

Un rendez vous inhabituel...


La porte nous est ouverte, nous entrons. Le Président arrive d’un pas rapide, salue chacun et s’excuse « je suis en retard ».

Laurent organise les présentations et explique que nous allons commencer par le dossier Notre Dame., dans lequel dit-il : «  nous n’avons pas compris que lors de la COP 21, vous n’ayez pas donné une application concrète française en arrêtant ce projet de Notre Dame des Landes. »

S Le Foll dit que l’on ne peut pas arrêter tous les projets en cours à cause de l’environnement.

F Hollande dit que c’est un dossier qui est évoqué où que l’on aille. S Le Foll confirme qu’à chaque déplacement en Sarthe, c’est un sujet incontournable.

Le Président reprend : « les Elus m’expliquent que c’est un dossier essentiel pour l’ouest, qui répond à un vrai besoin. Je constate qu’il y a une forte opposition, un vrai blocage. Je ne pense pas qu’ils vous disent, quand ils sont réélus, qu’ils ont raison sur ce dossier. »

« Si, M le président, cela arrive ! »

Il poursuit : « Je veux résoudre ce blocage pendant mon mandat. C’est pourquoi, j’ai demandé aux élus d’organiser une consultation qui aurait lieu au printemps ou dans l’été de façon à pouvoir commencer les travaux, comme l’a dit M Valls, en octobre. Si le résultat de la consultation est négatif pour le projet, je m’engage en tant que chef de l’Etat à l’arrêter. Si le résultat est positif, alors en octobre, nous démarrons les travaux.
 

J’ai la parole : « M le Président, nous vous avions contacté pendant la campagne électorale. Nous avions été reçus par Le Maire de Strasbourg, pour vous expliquer que ce sujet de Notre Dame n’était pas un petit dossier régional, mais qu’il prendrait une ampleur nationale et compliquerait votre mandat. Nous y voilà ! Nous avons vécu une période de relative sérénité ; vous aviez donné votre parole qu’il n’y aurait pas de début de travaux tant que les recours ne seraient pas traités. Cette parole a été remise en cause par le premier ministre en 2015. Bon ! Mais elle a été plus fortement remise en cause par les procès pour expulsion des historiques. Ils sont, pour les moins pénalisés, expulsables au 26 mars de cette année. Pour les exploitants, ils sont avec leurs troupeaux déjà expulsables aujourd’hui. Cette situation a généré de nombreuses mobilisations un peu partout en France et qui se poursuivent.

Nous demandons l’assurance, au plus haut niveau de l’Etat, qu’il n’y ait ni expulsion ni début de travaux avant le traitement des recours.

En réponse, nous avons la parole publique de Mme la ministre de l’Ecologie qui va effectivement dans le sens de la sérénité. L’engagement de son ministère à faire une étude sur le fond du dossier nous semble aussi aller dans le bon sens et pouvoir conduire à un apaisement.

De la même façon, l’accord pour les régionales entre le PS et EELV sur une étude indépendante co-pilotée par les pour et contre, nous semblait une bonne démarche.

Hier soir, nous avons appris votre intention de faire organiser un referendum par les élus. Je ne suis pas porte-parole du mouvement, mais je peux vous donner l’impression générale .Nous avons été sidérés. Comment voulez-vous que nous ayons confiance ? Ce sont ces mêmes élus qui nous mentent depuis 15 ans sur ce dossier. Des choses passionnantes se sont faites avec ces élus, en agriculture par exemple, mais sur ce dossier…

Mr Grosvalet l’a expliqué récemment, Nantes a besoin de libérer 600 ha constructibles, c’est respectable, mais ce n’est pas une question d’aéronautique.  On nous parle de saturation de Nantes Atlantique, mais c’est faux. L’aéroport de Nantes se porte très bien. Les compagnies aériennes ont donné leur avis dans ce débat. De façon diplomatique car elles ne font pas de politique, ce n’est pas leur domaine. Elles ont donné pour 2011-2012 le prix du meilleur aéroport régional à Nantes Atlantiques. Voilà l’avis des clients, ils sont parfaitement satisfaits.

Au-delà de la confiance dans les organisateurs, le referendum pose la question du périmètre. La question posée est essentielle. Il faut être certain que tout le monde vote le fond du dossier. La pétition organisée par M Retailleau ne va pas dans ce sens et sème déjà la confusion. Quelle liberté de parole, d’organisation ?

Enfin, le travail du ministère de l’écologie va-t-il se poursuivre ? Et nous avons toujours besoin d’être assurés par rapport aux expulsions et travaux, je crois comprendre qu’il n’y en aura pas avant la consultation. »

F Hollande : « mais en octobre, nous commençons les travaux. J’ai donné la direction pour sortir de cette situation. J’en confie la réalisation aux élus. Il faudra que la consultation soit acceptée. Il ne s’agit pas d’une nouvelle opération pour gagner du temps, je veux que le verdict soit respecté. Si l’avis est favorable au projet et que des gens restent sur place, que se passera-t-il ? En octobre, nous commencerons les défrichements !

Quant à l’accord pour les régionales, ils ont perdu. Cet accord est donc caduc.

Pour la consultation, nous avons le temps. Ce peut être avant ou après l’été, en juin ou en septembre.

Le ministère de l’écologie va continuer son travail, cela devrait être terminé en mars ou avril. Ses conclusions pourront être amenées au débat. Il se peut aussi qu’elles ne vous soient pas favorables.

Les recours se poursuivront aussi. Voilà pour ce sujet »

Son conseiller agriculture me regarde et je lui fais signe que c’est d’accord.

Je ne veux pas empiéter sur les autres sujets de la délégation.

Un peu plus tard F Hollande me regarde et dit « le périmètre sera le département, M Valls vient de m’en informer ».

Nous quittons le bureau présidentiel au bout d’une heure.

Conférence de presse à la sortie sous le crachin et dans le froid.


Je fais un résumé et à la question « que ferez-vous si le résultat vous est défavorable ? Partirez-vous ? », je réponds : « Je ne peux pas vous répondre, je ne sais pas si le déroulement sera satisfaisant. D’autre part, je n’ai pas eu le temps de me concerter avec l’autre moitié de ma cellule familiale. Je peux d’autant moins vous répondre. Par contre, nous nous sommes posé ce type de question par rapport à une étude indépendante reconnue par les deux parties (pro et anti aéroport) et nous agriculteurs, nous nous sommes dits que nous partirions si cette étude indépendante nous était défavorable.

Ces dialogues sont reconstitués sans enregistrement, aussi fidèlement que possible. Je n’en garantis donc pas les mots exacts, mais l’esprit.

de Marcel, paysan à Notre Dame