dimanche 3 juillet 2016

Un résultat attendu qui ne résoud rien!


 
Que dire après cette consultation du 26 juin ? Nous n’avons pas de regrets. Nous avons participé, comme beaucoup, à la campagne d’information. Beaucoup d’énergie et d’inventivité déployées ; Merci à tous ! C’est un travail phénoménal qui a porté ses fruits quand on regarde le résultat sur Nantes et ses environs proches où le NON l’emporte. Belle victoire car ce n’est pas une déferlante du OUI  comme l’espérait sans doute le gouvernement en organisant cette consultation sur mesure pour le résultat qu’il voulait.
Ici la vie continue. Nous récoltons notre foin et constituons nos stocks pour l’hiver à venir. Les vêlages reprennent doucement.
Sur le fond, rien n’a changé. Nous restons ici, au Liminbout, attendant la fin de tous les recours juridiques. Si notre Etat de Droit applique stricto sensu la Loi sur l’Eau, il doit éviter de détruire la zone humide de Notre Dame des Landes et réaménager Nantes Atlantique puisque cela est possible. 
La récente annonce d’annulation de la Déclaration d’Utilité Publique du barrage de Sivens nous conforte dans notre décision. Plus que jamais, nous souhaitons éviter des destructions irréversibles et cela ne peut s’obtenir qu’en occupant les lieux.
Pour conclure, quelques phrases extraites d’une lecture commencée, « Pierre RABHI semeur d’espoirs, entretiens avec Olivier LE NAIRE », et qui trouvent en nous une résonance particulière :
« J’ai vécu simplement ce que j’avais à vivre sur le moment, et ce qui me paraissait juste. Le temps a fait que cela devient encore plus juste  aujourd’hui .»
 

dimanche 8 mai 2016

Printemps tardif…


Enfin, nous avons le sentiment de quitter l’hiver : les vaches depuis la mi-avril sont désormais intégralement en pâturage, nuit et jour. De l’herbe en plat unique agrémentée  de 2 kg de mélange céréalier. Le bonheur ! J’ai repris mon vélo pour accompagner ces dames dans leurs déplacements entre les champs et  la salle de traite. C'est aussi l'occasion de réduire au maximum nos coûts de production, le lait nous étant actuellement payé 270 euros la tonne et les perspectives pour le reste de l'année n'incitent guère à l'optimisme. Travail assuré mais rémunération incertaine?
 Les génisses inséminées sont parties également à l’herbe valoriser nos parcelles d’herbe éloignées.  Il ne nous reste plus qu’à sortir nos veaux qui sont nés entre juin et décembre 2015. Cela nous permettra de faire un vide sanitaire dans le bâtiment avant la reprise des naissances qui se fera fin mai-début juin. Mais avant cela, il nous faudra quelques jours pour les éduquer au fil électrique qui sera notre principal outil de contention au champ.


nos laitières pâturant un semis d'herbe d'automne
Tout cela nous soulage côté travail sur les animaux. Mais le travail des champs démarre à fond : récolte d’herbe en ensilage, premier semis de maïs vendredi (comme tout le monde, nous attendions un peu plus de chaleur pour démarrer le semis), clôture… Le travail est plus varié. La campagne s’apparente à une immense ruche où tout le monde s’active (mise en route des jardins, plantation collective d’oignons, de patates…).

Nous nous préparons aussi des soirées chargées pour intervenir lors des réunions d’information avant la consultation.

Pas de quoi s’ennuyer vraiment ! C’est tout le plaisir du travail à la ferme et de la vie à Notre Dame des Landes…

dimanche 10 avril 2016

L’homme au chapeau…


La semaine passée, nous avons eu deux fois la visite d’un huissier de justice. Toujours la même personne (l‘homme au chapeau, c’est lui !), un habitué des lieux désormais !

La première fois, le mardi 29 mars vers 11h00, à l’heure du café : « y a quelqu’un ? ». Nous sommes en train d’ébouser dans la stabulation : «  oui !  » Répondons nous avec enthousiasme. Et puis : « Oh non, c’est lui ! ». Nous posons la fourche et la bouse qui est dedans pour prendre un « commandement de quitter les lieux » dès ce jour, notre délai sur la maison étant dépassé.



Le lendemain, l’huissier sous la pluie. La caméra de FR3 l’a pris à sa descente de voiture, mais ne l’a pas suivi. Il nous demande de se mettre à l’abri sous le hangar. Hésitations, puis « OK ! ».  Et puis, on voit son vigile qui vient surveiller la situation. Marcel s’énerve… Alors là, non ! Si on est gentil, il renvoie son flic privé à la voiture ! L’huissier repart sous la pluie, demander à son vigile d’aller sagement l’attendre dans la voiture puis revient nous voir…


Pour nous remettre  un procès-verbal de tentative d’expulsion. Cela ressemble plus à une visite de courtoisie qu’à une tentative d’expulsion. « Vous êtes toujours là ? » ; « oui, il nous est difficile de déménager une ferme en 2 mois… » ; « Je peux m’appuyer sur la brouette pour remplir mes papiers ? Je vous explique…Comme vous refusez de vider les lieux, je m’en vais devant le Préfet afin de requérir la Force Publique en vue de procéder à une expulsion par la force ».


Je ne sais si vous avez déjà lu des romans de Jonas Jonasson, histoires burlesques et complètement déjantées où les héros se retrouvent dans des situations invraisemblables mais tellement divertissantes. Nous avons l’impression d’être dans l’une de ses histoires absurdes, mais une histoire qui n’en est pas moins réelle, comme en témoigne la pile de documents juridiques qui commencent à s’amonceler chez nous.

Une histoire qui garde encore tout son suspens comme tout bon roman qui se respecte mais c’est désormais à chacun d’en écrire la fin ! (sur invitation du Président de la République…)


dimanche 3 avril 2016

avec les grévistes de la faim de Calais


Nous entrons, 5 ou 6 grévistes sont là sur des divans et des chaises. Les lèvres cousues ne sont pas choquantes, cela me fait penser à des piercings. Nous n’entrons qu’à 5 mais il y a peu de place. Quatre Anglais sont là et discutent tranquillement. On se demande si on dérange, si on doit s’insérer dans la conversation ou parler de la pluie et du beau temps. Est-ce juste de l’incompréhension ? Ou avons-nous commis une maladresse ? Marie et S commencent à parler en anglais et le dialogue se met en place peu à peu.  La double barrière du langage rend le dialogue difficile et long : du français à l’anglais puis de l’anglais au farsi et réciproquement.
 

Nous exprimons notre soutien sur le mode d’action, les valeurs qu’ils défendent et nous disons les liens que nous voyons entre nos combats.

 Nous expliquons notre organisation avec grévistes et groupe d’accompagnement, notre calendrier d’action pensé avant et calé sur les élections présidentielles, le relai entre grévistes et les exigences revues à la baisse (pas d’aéroport devenu pas d’expulsions).

 Ils disent qu’ils n’ont pas confiance dans leur interlocuteur de la préfecture (directeur de la cohésion sociale) : il peut dire oui, mais ne tient pas ses promesses. Lors d’un mouvement de grève de la faim, il y a trois ans ce fut déjà le cas.

Nous, nous avons obtenu des engagements écrits, ils étaient diffusés dans la presse et il était difficile de ne pas les tenir.
Ce n’est qu’au bout de 20 jours que notre grève a commencé à être entendue et à inquiéter les décideurs.

 

Leurs exigences sont de deux ordres : pas de destruction de la partie nord de la jungle et qu’il y soit apporté plus de confort et d’autre part la mise en place d’un bureau britannique pour enregistrer les demandes des migrants.

Ils n’inquiètent personne et se demandent s’il faut aller plus loin, cesser de boire, se coudre les paupières pour être enfin entendus.

Cela nous fait peur : une grève de la soif est rapidement mortelle.
 Des lésions supplémentaires risquent de mettre de la distance avec les soutiens possibles, de rendre la communication plus difficile sans inquiéter les décideurs, bien au contraire. Nous gardons ces commentaires pour nous et la suite nous donne raison.

 

Ils ont peur lors de l’arrêt de leur grève, d’être à la merci de la police qui les aura repérés. 

C’est vrai ! cela met mal à l’aise. Quoi que l’on fasse, nous sommes toujours blancs avec papiers. Le contraste est fort.

la police fait toujours partie du paysage
 

Un Anglais qui vient d’entrer nous demande si nous avions des moments dépressifs. Eh bien , non, portés par les militants, détestés par les porteurs du projet que nous gênions vraiment. C’était très confortable sur le plan moral. 

Ils nous remercient pour le déplacement et le temps consacré. 

Nous nous quittons après des embrassades fraternelles. . Je ne sais pas combien de temps nous sommes restés, mais heureusement plus que 20 mn.
 

A la conférence de presse, peu de journalistes, désolant.

conférence de presse.... noter le bulldozer à l'horizon
 

Nous faisons une mise en commun avec S, M et leurs amis : - conditions très dures sur le plan moral –cadre très déprimant, peu de relai   - peu de soutien alors qu’ils se battent pour la communauté des migrants  - et surtout le rapport de force n’y est pas. 

Nous cherchons ensemble comment améliorer ce rapport de force.

 l'équipe ayant fait le voyage
 

De retour, deux jours plus tard, nous apprenons qu’ils ont cessé leur action. Leur communiqué laisse perplexe : « nous avons décidé d’arrêter notre grève de la faim…par respect pour ceux qui nous soutenaient, qui avaient un réel souci de notre bien-être et comme un geste de confiance que l’Etat tienne ses engagements…. » 

C’est une bonne décision pour leur santé et pour continuer à  lutter pour les droits des migrants. 

Nous espérons vraiment qu’ils en gardent une haute estime d’eux-mêmes. Ils sont des êtres humains, restés debout dans des conditions très dures et qui se sont battus pour leurs frères.

Merci aux copains et copines pour leur relecture

De Marcel, paysan à Notre dame

samedi 2 avril 2016

de Notre Dame à Calais


S m’appelle et me demande si je pourrais venir soutenir les grévistes de la faim de Calais. Cela me semble une bonne idée. Ce n’est pas à gérer seul ; il faut garder l’esprit d’équipe que nous avions en avril 2012. On dit moins de conneries à plusieurs, et puis l’idée des bouches cousues me fait un peu peur. Un mot de soutien est écrit suite à l’AG du mardi : attention à ne pas parler au nom d’organisations qui ne sont pas là et donc on signe AG et grévistes de la faim, c’est facile de faire valider rapidement. Il s’agit d’un texte qui soutient des hommes très engagés, mais en restant humbles dans un contexte que nous, grévistes de 2012 connaissons mal.

 

On arrive à caler un départ pour le mercredi 23 mars : quatre du groupe des grévistes et quatre militants. On veut faire le tour dans la journée, car il fait beau et il y a du boulot à la ferme.

 

A l’arrivée : accueil par M, S et K, nous rentrons dans la jungle : un bidonville fait de cabanes bricolées avec des bâches, c’est coloré et propre. Nous mangeons dans un restaurant afghan ; en fait, tout le commerce est géré par les Afghans.


rue commerçante
 

M nous explique qu’il y a beaucoup d’aide matérielle plutôt caritative. Les gens ne manquent pas de vêtements ni de nourriture, mais n’ont rien, leurs affaires peuvent tenir dans un sac de courses.

la jungle et sa partie normalisée: 16 personnes par contenaire avec un système de reconnaissance anthropomorphique
 

Les grévistes de la faim sont soutenus par des Anglais à titre amical, mais ayant en premier le souci de leur santé et les incitant à arrêter.

 

Nous avons fait un point avant d’arriver. Il est clair que notre position ne peut être que de témoigner. Nous allons parler à des adultes, à eux de prendre leur décision.

 

Nous nous dirigeons vers la cabane des grévistes. Le spectacle et déprimant. Dans cette zone évacuée et détruite, il ne reste que la mosquée, l’église, l’école, la cabane de lecture et celle des grévistes.
les lieux de culte église et mosquée ont été  préservés
 


la cabane des grévistes de la faim
 

Deux bulldozers en arrière-plan aplanissent le terrain de ce qui fut un lieu de vie. Des CRS patrouillent nonchalamment. Ils ont des sur-bottes en plastique ; faut pas se salir.

 

Avant d’entrer, quelqu’un nous dit : « il vous reste 20 mn, au-delà la préfecture vient négocier »…
de Marcel paysan à Notre Dame

lundi 28 mars 2016

Un nouveau jour?


 
 
Samedi 26 mars, une date qui ,aux yeux de l’Etat, marque un changement dans notre condition d’habitants et d’agriculteurs sur la ZAD de Notre Dame des Landes : nous sommes désormais expulsables par tous les bouts : côté ferme (effectif au 25 janvier) et côté maison. Notre présence est désormais illégale, hors la loi… Des qualificatifs qui nous paraissent irréalistes car nous n’avons pas changé.


Nous faisons seulement le choix de rester dans notre maison et de travailler sur notre ferme, avançant notre détermination tranquille et notre légitimité face aux manipulations et mensonges d’Etat sur  ce projet de transfert d’aéroport!
Les journalistes sont venus la veille nous interviewer sur ce lendemain qui n’est pas vraiment un événement pour nous. Nous n’imaginons pas les CRS intervenir tout de suite avant une consultation populaire, qui parait mal partie dans son organisation… Les recours juridiques (loi sur l’eau, déplacement d’espèces protégées, pétition européenne…) sont toujours en cours.

nos grandes génisses ont été particulièrement accueillantes!
Pour cette date particulière (nous n’avons pas l’habitude d’être illégaux ; ce n’était pas au programme de notre éducation !), COPAIN nous a suggéré de faire visiter notre ferme et nous avons trouvé que c’était une excellente façon de gérer notre nouveau statut. Nous avons donc ouvert notre ferme et accueillis tous ceux qui voulaient venir discuter et nous soutenir. Tout le village s’est associé à l’opération.  Cela nous a permis de parler de notre parcours, de notre métier d’éleveur, de montrer nos animaux (tous ont été accueillis à grands coups de langue de la part de nos génisses curieuses !), de faire découvrir le bocage et la flore grâce à deux passionnés et de partager un moment de convivialité à l’auberge du liminbout où nos jeunes voisins parlaient de l’auberge et de la vie au village et sur zone.
un groupe perdu dans le bocage...
 
Merci à tous d’être venus nous saluer et nous soutenir. Le village était content de cette journée!

Le soutien s’est également manifesté dans toute la France où une multitude d’opérations empreintes d’originalité étaient engagées. MERCI A TOUS !
 
château des ducs de Nantes, devant le miroir d'eau, nouvelle attraction....

de Marcel et Sylvie, paysans à Notre Dame des Landes

jeudi 10 mars 2016

Prise de parole de l'ADECA le 27/02/2016

Depuis 40 ans la population dit non à ce projet d’aéroport et aujourd’hui c’est toujours non !
Mais aujourd’hui, nous sommes très très nombreux.
Ce ne sont plus seulement les paysans qui disent non, mais aussi toute la population : des jeunes, des moins jeunes... Tout le monde se sent concerné par ce débat.
Les raisons  sont en partie les mêmes : la défense des terres agricoles, la défense d’emplois locaux, le refus que de grands élus décident pour nous, le refus que l’aménagement du territoire se fasse au profit des grandes villes et au détriment des territoires ruraux.
Depuis, d’autres motivations se sont ajoutées : l’horreur pour les dossiers compliqués bourrés de chiffres, non consultables et surtout bidouillés pour aboutir au résultat que l’on veut ; c’est le cas de l’étude coût bénéfice.
Bien sûr, le respect de l’environnement, de notre terre, de celle de nos petits enfants est une dimension qui a pris de l’ampleur aussi.
C’est pourquoi, François Hollande l’a reconnu : « on ne peut pas circuler sans entendre parler de Notre Dame des landes ». C’est le fruit de toutes vos mobilisations, partout en France et sous différentes formes. Notre Dame des landes est un débat incontournable et sur lequel on ne lâchera pas.
Attention, les choses s’inversent, bientôt on dira : «  vous savez Nantes, cette ville à 20 km de Notre Dame des landes, cette ville qui détruit tout l’environnement dans son voisinage pour être toujours plus verte »
Pour cette ville-entreprise qui investit des millions dans la communication sur son image, ce serait trop la honte !
En tout cas, il y en a qui ne changent pas ! Ce sont les hommes politiques ! Toujours droits dans leurs bottes, à répéter les mêmes mensonges. C’est normal, ils mettent à la poubelle les notes techniques de leurs services censées les faire réfléchir.
Nous, nous sommes les braves gens, qui sans peur du ridicule avons sans cesse fait appel au bon sens : quand on n’est pas riche et que l’on a un outil qui marche bien ( et les compagnies aériennes qui ont primé Nantes Atlantique meilleur aéroport régional savent qu’il marche bien !) ; et bien quand un outil fonctionne bien, on ne le casse pas pour en faire un neuf dont on n’est jamais certain qu’il marche aussi bien et dont on est sûr qu’il coûtera beaucoup plus cher.
Cette évidence, les porteurs du projet ne l’ont jamais partagée. Ah oui, il y a un détail, nous raisonnons avec notre argent et eux raisonnent avec l’argent des autres, l’argent public, le vôtre, celui des services sociaux que l’on réduit parce qu’il faut faire des économies.
Voilà pourquoi nous sommes dans cette bagarre.
Qui sommes-nous , les historiques expulsables?
Des habitants, locataires bien avant 2008 ; par exemple Alphonse qui vit ici depuis plus de 80 ans. Beaucoup y ont vécu toute leur vie d’adulte.
Tous nous étions ici pendant l’opération César, avec une foule de combattants harassés voire blessés, avec les flics à proximité. Tous nous avons vécu l’occupation policière qui a suivi. Nous avons mis à disposition de la lutte la vacherie, la rolandière, les fosses noires. Avec l’aide des terres de Bellevue, nous avons réorganisé l’usage du foncier pour gérer les dégâts de l’opération César et s’organiser avec les activités agricoles de sème ta Zad.
Les paysans ont acheté soit du foncier en bordure de zone, soit une maison dans la zone pour limiter l’emprise de Vinci.
Les paysans ont participé d’une façon ou d’une autre à la grève de la faim.
Hervé était le premier occupant illégal en s’installant en 78 sur les terres de ses parents.
Nous ne gênons pas physiquement Vinci pour l’année 2016, quels que soient ses projets.
Mais nous sommes des opposants à abattre, nous n’avons pas encaissé les chèques des expropriations et nous n’avons jamais signé de bail annuel avec Vinci pour vivre dans nos maisons ou utiliser nos parcelles historiques. Selon la bible de Vinci, notre activité agricole est illégale et donc nous devons partir.
La plupart des historiques vivent avec ce projet au-dessus de leur tête depuis l’enfance, c’est une partie de leur vie.
Ce paysage, ces terres, cette biodiversité, c’est en partie le fruit de leur travail, de leur mode de vie en recherchant un équilibre entre production et respect de la terre et du bocage.
On peut sans doute faire mieux et on le fera. Mais l’urgence aujourd’hui, c’est de sauver ces terres.
On croit être seul  en voulant sauver ces terres de Notre dame, mais en fait, on s’aperçoit que c’est le même problème ailleurs. Quand on a reçu Via Campesima, avec des délégations de plein de pays différents, on a découvert qu’il y avait la même histoire en Indonésie, au japon. En un siècle, on a imperméabilisé 25% des terres agricoles en France, et on a le même phénomène au niveau mondial. Vous connaissez tous ces terres que l’on arrache aux paysans à Madagascar, que l’on privatise en Amérique latine, en Ukraine etc.
C’est bien un combat universel que nous menons, celui de la sauvegarde de la terre nourricière.
Dans un pays comme le nôtre, réduire les terres agricoles, c’est condamner les paysans à utiliser plus d’intrants avec des cultures plus productives et plus exigeantes et donc plus fragiles. Ailleurs, cela se traduira par plus de défrichage de forêts. A tout point de vue, c’est le contraire de ce qu’il faut faire. C’est en particulier très contradictoire avec les engagements de la COP 21.
C’est pour cela qu’il faut gagner cette lutte.

 Nous pouvons être fiers, tous ensemble, de ce que nous avons fait tous ensemble. Résister pendant si longtemps, nous avons montré que c’est possible. Cet aéroport qui devait être inauguré en 2017 et les travaux n’ont toujours pas commencé. Hou la la, on comprend qu’ils soient furieux en face.
Non, messieurs, nous ne vous élisons pas pour que vous décidiez pour nous. Non, messieurs, nous ne laisserons pas les lobbies du BTP et de l’immobilier nous gouverner.
Non, messieurs, nous ne vous laisserons pas détruire notre bocage avant le verdict de tous les recours.
Assurément, la force de notre lutte est la diversité des acteurs :
L’opposition des pilotes de ligne et leur expertise aéronautique
L’implication des élus et aussi leur expertise des dossiers
L’expertise des naturalistes en lutte
L’expertise des ateliers citoyens
Les mobilisations et le travail d’information
L’action juridique
L’engagement sur le terrain des paysans de Copain
La résistance sur le terrain par les occupants
La non collaboration têtue des historiques
Dans un monde normal, deux parmi ces résistances auraient dû suffire à couler le projet, en fait, toutes ces forces ensemble n’ont réussi qu’à le bloquer. Mais c’est déjà cela. Il nous reste à construire  notre avenir et le chemin qui mène à la victoire. Depuis 2012, nous avons su gérer chaque difficulté et nous allons continuer à le faire.
Vous l’avez vécu comme nous l’hiver a été chaud. En plus, ici, il a été rude.
Cela a commencé dès l’été quand les juges ont dit qu’ils n’avaient pas compétence pour se prononcer sur le respect de l’environnement par ce projet.
Le lobby du patronat, soutenu par le premier ministre y est allé à fond : « il faut démarrer les travaux, l’avenir de la région en dépend, la région est prise en otage, la zad c’est l’ultra violence, c’est Mossoul, c’est la république qui est en danger »
Ont succédé ensuite, les expropriations des derniers dossiers d’historiques, puis les procès pour expulsion, qui se sont conclus par des décisions d’expulsion.
Vinci nous avait bien prévenu qu’en ne signant pas amiable, nous passerions devant le juge. C’est fait et plusieurs fois, nous connaissons très bien le chemin maintenant.
 Au 26 mars, nous serons tous comme les autres occupants de la Zad, expulsables de nos maisons. Depuis la fin janvier, l’utilisation de nos terres et la présence de nos troupeaux sont illégales. Nous ne sommes pas certains du tout de toucher les aides Pac pour 2016. C’est dommage, car avec le prix du lait que nous aurons ce serait assez dur de joindre les deux bouts sans les aides Pac. Ce sera une affaire à suivre.
Merci à tous pour le soutien et les mobilisations que nous avons menées pour éviter ces jugements. Ce fut beaucoup d’énergie et nous pouvons être très fiers de tout ce qui s’est fait. Le courage, c’est aussi de résister aux provocations des flics quand nous l’avons décidé ensemble. Solidarité totale avec tous les amis paysans et chauffeurs escargots qui ont été arrêtés et pénalisés lourdement.
Ici, quand on se mobilise pour Notre dame, on paie toujours très cher.
Enfin, on voudrait conclure par un mot sur la vie sur la zad.
Nous y vivons tous les jours, nous y dormons toutes les nuits, nous pouvons en parler en vrai.
Nous sommes heureux d’avoir des voisins et qu’ils aient occupé la place des maisons détruites en 2012 par césar. Nous sommes heureux qu’ils aient remis de la vie là ou césar nous organisait un désert humain.
Il peut arriver qu’il y ait des embrouilles, mais nous retenons surtout la solidarité et l’énergie mise pour les résoudre. Qui peut réunir pendant des années 2 à 300 personnes sans qu’il y ait d’embrouilles.
Nous sommes riches de la convivialité, des échanges dans un sens et dans l’autre et de la solidarité avec les occupants.
Trouvez nous un autre endroit ou vous pourrez sans argent partager du pain des légumes, de la vie culturelle et bien d’autres choses encore.
Alors, nous considérons que c’est plutôt une chance de côtoyer ces tentatives pour construire un monde diffèrent.

Gardons aussi les terres de Notre dame pour que tous ces rêves en construction continuent à prendre forme.